広島大学フランス文学研究 Issue 36
published_at 2017-12-25

ボーヴォワールの作品における「日記」

La forme du journal dans les oeuvres de Simone de Beauvoir
Ikazaki Yasue
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Abstract
Simone de Beauvoir a adopté la forme du journal dans plusieurs de ses oeuvres : dans le reportage L’Amérique au jour le jour, dans les nouvelles Chantal et La Femme rompue, et dans les Mémoires.
Après son voyage aux États-Unis, Beauvoir écrit un reportage sous forme d’un journal. La narration à la première personne reproduisant des impressions écrites au jour le jour offre un étonnant télescopage entre la découverte des États-Unis d’un côté et des souvenirs d’enfance de l’autre. Cet effet donne un certain lyrisme au reportage.
La nouvelle Chantal incorpore le journal de l’héroïne. Son style prétentieux représente le narcissisme et la mauvaise foi de la protagoniste. De même, dans La Femme rompue, le journal intime de Monique, contradictoire et confus, forme un miroir déformé dont la mauvaise foi là-encore est caractérisée. Comme Beauvoir le relève dans son essai Le Deuxième Sexe, les journaux intimes des femmes reflètent souvent leur propre aliénation.
Simone de Beauvoir ne tient, elle, de journal intime que « dans les grandes circonstances ». Elle insère par exemple dans ses Mémoires des extraits de son propre journal, dont un segment datant de 1939, au début de la guerre, ou un autre correspondant à l’apparition de « M. », une puissante rivale. La description des événements quotidiens, enregistrés au jour le jour, ralentit le rythme habituel des Mémoires. L’insertion de ces extraits de journal crée une suspension dans la narration : il s’agit de renoncer provisoirement à « narrativiser », comme pour témoigner de difficiles moments d’ébranlement de la narratrice.
La Cérémonie des adieux, dernier volume des Mémoires, est directement basée sur le journal tenu par l’auteur. Ce récit est entièrement consacré aux dernières années de Jean-Paul Sartre et la narratrice y apparaît comme simple témoin. Si la narratrice cède la parole à une simple transcription des faits, c’est que pour elle, alors âgée de plus de soixante-dix ans, vivre n’était plus une entreprise clairement orientée. La Cérémonie des adieux, en excédant l’espace autobiographique précédemment construit, annonce déjà l’espace posthume.
Outil du narcissisme et de la mauvaise foi dans les nouvelles, rupture narrative qui témoigne d’un ébranlement de la conviction dans les Mémoires, la forme du journal joue toujours un rôle singulier dans les oeuvres de Simone de Beauvoir.